Témoignage Jeanine Edery
Je m’appelle Jeanine EDERY, née OJALVO en 1943, à Champigny sur Marne, en pleine guerre. Ma grand-mère était Esther ESKENAZI et ma mère Serina ESKENAI, épouse OJALVO habitaient avec mon grand-père au 43 rue Edmond Rostand à Champigny s/Marne. Ma mère était âgée de 10 ans lorsqu’ils ont émmigré en France, en 1925. Ils venaient d’Izmir en Turquie. Nous sommes judéo-espagnols.
Ils ont quitté la Turquie car la vie économique était certainement difficile, mais ils n’en parlaient pas. Le frère de ma mère était déjà installé en France et comme chauffeur de taxi il gagnait bien sa vie et a fait venir sa famille.
Du côté paternel, mes grands-parents sont venus de Constantinople (Istanbul). Mon père est né en 1907, rue Basfroi, dans le 11è. Ils avaient du émmigrer auparavant, vers 1905. Sa femme, ma tante est née et décédée dans le quartier. Le couple a vécu au 4 rue Popincourt.
Lorsque j’étais enfant, nous venions de Champigny acheter dans les épiceries orientales, les feuilles de vigne, les feuilles d’abricot, la halva, les bamias et les feuilles de filas, les cornichons au sel. Les odeurs qui se dégageaient de la boutique donnaient envie de tout acheter Une de ces boutiques se trouvait en face de la synagogue.
Je me souviens que, lorsque l’on sortait du métro Voltaire, il n’était pas rare de rencontrer quelqu’un avec lequel on échangeait en judéo-espagnol.
Mon père, Zadik OJALVO était chauffeur-livreur. Avec son triporteur, il livrait de la marchandise dans le quartier du Sentier. Ma mère ne travaillait pas. Elle parlait assez mal le français. Durant la guerre mon père a porté l’étoile et est resté à Paris exerçant toujours son métier de chauffeur-livreur. Là il transportait des fromages. Un jour, ma famille a été prévenue qu’on dénonçait les Juifs de Champigny, ma mère et ma tante sont parties avec leurs enfants se réfugier en zone libre à Limoges…
Je me souviens de la petite synagogue du « 7 » avec un étage. L’atmosphère y était « bon enfant », chaleureuse, sans histoire. Quand ma grand-mère est décédée en 1952 c’est là qu’avait lieu la cérémonie du « meldar » (prière annuelle pour la mémoire des disparus). Ensuite c’est à la synagogue, « Don Isaac Abravanel », rue de la Roquette qui a pris la relève.
Je me suis mariée à un Juif marocain, nous avons eu deux enfants et cinq petits-enfants…
Nous espérons que cette synagogue que je garde en mémoire ne disparaisse pas de l’histoire des judéo-espagnols du quartier et qu’en souvenir de mes grands-parents, elle continue d’exister.
Propos recueillis par Angèle Saul
